« Miroir, Miroir… » : l’autre, notre meilleur allié dans le processus de connaissance de soi

Par , le 1 Juin. 2025, dans la catégorie Articles - Imprimer ce document Imprimer
trilogie miroir

Il n’a pas échappé à qui est engagé dans un travail de perfectionnement spirituel qu’autrui fait inconditionnellement partie du processus. Mais quel rôle joue-t-il précisément ? Ou quel rôle lui permet-on de jouer ? Autrui est le destinataire de nos actes éthiques. Il est aussi, on le constate au quotidien, l’intermédiaire par lequel nous sommes confrontés à notre soi impérieux. Mais avez-vous jamais envisagé autrui comme une aide, voire comme votre meilleur allié, dans le processus de perfectionnement spirituel ? Avez-vous déjà pris conscience du formidable adjuvant que représente l’autre dans le difficile chemin vers la connaissance de soi ? Et savez-vous tirer de manière proactive tout le bénéfice de vos interactions avec autrui ? Les trois articles que nous republions ici s’attachent, chacun à leur manière, à mettre en lumière l’aide inestimable que nous apportent les paroles, les actes et les comportements des autres dès lors que nous les considérons comme des miroirs de nous-mêmes.

Vous sentez déjà que quelque chose résiste ? Dans sa langue à la fois sublime et chirurgicale, Pascal décrit ce qui nous conduit à rejeter la critique, et comment l’amour-propre nous fait passer à côté de la vérité sur nous-mêmes : gare à celui qui renvoie une image déplaisante de nous-mêmes ! Pourtant, face à un soi impérieux protéiforme, rusé, redoutable dans l’art de nous dissimuler à nous-mêmes, nous regarder dans le miroir de l’autre n’est-il pas le meilleur moyen d’y voir plus clair et d’obtenir une image plus nette de soi-même, une image plus juste et toujours actualisée ? Car s’il est vrai que l’on n’avance pas dans la connaissance de soi sans lutter contre le soi impérieux, on ne peut lutter contre le soi impérieux sans se connaître. Mais comment s’y prendre ? L’article « l’autre comme miroir de soi » distingue quatre façons de nous regarder dans le miroir d’autrui pour nous découvrir sous de nouveaux aspects. Et « Selma et Louise » montre à travers des exemples concrets et vécus comment ce travail peut être intégré dans la vie quotidienne.

Mise en situation

Avant de découvrir ou redécouvrir ces textes, quelques situations pratiques permettront d’amorcer la réflexion :

1. Quelqu’un que vous connaissez bien – un ami, un membre de votre famille, ou votre partenaire – vous fait une remarque sur un aspect de votre comportement : « Tu ne t’excuses jamais quand tu blesses quelqu’un », ou encore : « On a l’impression que tu veux toujours avoir le dernier mot ».

  • Quelle est votre première réaction intérieure face à ce type de remarque : déni, agressivité, défense, blessure, curiosité, silence, gratitude ?
  • Est-ce que vous prenez le temps de réfléchir à la part de vérité que cette critique pourrait contenir ?
  • Qu’est-ce qui vous aide, ou au contraire vous empêche, d’accueillir ce type de retour de manière constructive ?

2. Lors d’une pause-café avec quelques collègues, la conversation s’oriente vers le travail en équipe. Sans agressivité mais sur un ton un peu moqueur, l’un d’eux vous lance : « Avec toi, faut pas être pressé pour avoir une réponse ! » Sur le moment, vous souriez vaguement, mais intérieurement…

  • Quelle est votre première réaction intérieure face à ce type de remarque : déni, défense, colère, blessure, agressivité, curiosité, silence, reconnaissance ?
  • Est-ce que vous parvenez à reconnaître une part de vérité même si la remarque est formulée de manière maladroite ?

3. Lors d’une rencontre entre amis et connaissances, vous engagez la conversation avec plusieurs personnes. Une participante, sans être particulièrement extravertie, a une manière de dialoguer qui vous frappe : elle pose des questions ouvertes, écoute avec attention, reformule parfois ce que l’autre dit pour montrer qu’elle suit vraiment. Quand elle vous parle, vous vous sentez valorisé, compris, écouté – ce qui contraste avec d’autres échanges plus superficiels où chacun cherche surtout à parler de lui-même.

  • Quelle émotion ressentez-vous en vous rendant compte de cette qualité chez elle ?
  • Pensez-vous à vous interroger sur votre capacité à avoir un comportement similaire ?
  • Quel genre de réaction génère généralement chez vous la prise de conscience d’une qualité ou d’un comportement éthique que vous auriez spontanément du mal à adopter ?
  • Avez-vous déjà pris une résolution concrète après avoir observé chez quelqu’un une attitude juste ?

4. Depuis quelque temps, vous travaillez avec une nouvelle collègue qui parle souvent d’elle-même, coupe la parole aux autres en réunion et donne son avis sur tout.

  • Qu’est-ce que vous éprouvez en identifiant cette faiblesse chez l’autre ? Mécontentement, mépris, agressivité, supériorité, envie de médire de cette personne, compassion, gratitude ?
  • Est-ce que vous cherchez en vous-même une tendance similaire à vouloir avoir raison, à vous mettre en avant ?

Trois articles à (re)découvrir

Pascal « L’homme n’est donc que déguisement… » : Pascal

Nous n’aimons pas être critiqué, il est vrai. Et il est vrai également que si nous renonçons souvent à critiquer ouvertement les autres, ce n’est pas tant par humanité et respect envers eux, que par une crainte des représailles et un souci bien compris de nos intérêts. Tel est en quelques mots le propos de Pascal dans cet extrait des Pensées n°100. (…)

L'autre miroir de soi L’autre, miroir de soi (1ère partie)

« Connais-toi toi-même ». La maxime est belle, mais comment y parvenir si une part de nous-même résiste avec acharnement, nous empêchant de percevoir nos propres défauts ? C’est un fait, nous avons systématiquement tendance à nous surévaluer, et nous sommes bien plus sensibles aux manquements à l’éthique lorsqu’ils sont le fait d’autrui. (…)

Selma et Louise

J’ai observé les autres pour dégager quelques caractéristiques de leur comportement et les comparer ensuite avec mes propres caractéristiques. Je m’explique. J’ai une collègue, Selma, que j’admire beaucoup pour son courage et son attitude à la fois respectueuse et dénuée de crainte et de flagornerie envers la hiérarchie. Personnellement, comme je manque de confiance en moi, je suis facilement impressionnée par mes supérieurs, et je m’en rends d’autant mieux compte que je peux me comparer à Selma. (…)


Creative Commons License Cette création est mise à disposition sous un contrat Creative Commons

Revenir en haut

3 commentaires

  1. A. le 02 Juin 2025 à 5:11 1

    La personne qui a le plus joué le rôle de miroir pour moi, c’est ma femme. En résumant, voici comment elle m’a aidé dans mon perfectionnement :
    • Très bonne éducatrice, généreuse avec son temps et équilibrée dans son approche, ni trop sévère ni trop permissive, elle m’a fait prendre conscience de mon égoïsme et de ma dureté vis-à-vis des enfants
    • Sa tendance à être colérique a fait ainsi que j’ai beaucoup travaillé sur le contrôle de ma propre colère afin que notre foyer ne devienne un champ de bataille
    • Douée de beaucoup de bon sens pratique elle m’a obligé à sortir de mon idéalisme et rêvasseries pour adopter une approche analogue vis à vis de mon existence

  2. Danielle le 09 Juin 2025 à 12:59 2

    Lorsque l’autre, même sous l’effet de la colère, vous renvoie une vilaine image de vous, comment réagir?
    Face à la réaction disproportionnée d’un propos un peu moqueur, j’ai répondu « De quoi tu parles? » Sur le moment, je n’ai pas compris la raison de cette colère et des reproches qui m’étaient faits : Tu ne dois pas, tu ne peux pas, bref je limite et je contrôle l’autre. Ensuite, me reviens une réflexion de ma part dans l’après-midi au cours d’une partie de cartes avec des ami(e)s qui sont d’abord les siens, je lui ai reproché vivement un choix de jeu, tu ne peux pas… Ce matin, je me suis rappelée de remercier Dieu dans la difficulté, je poste ce commentaire qui me permet une analyse de cet événement.

  3. Ia le 11 Juin 2025 à 16:26 3

    Pour ma part, je suis tiraillée entre la peur du jugement d’autrui et une certaine frustration face au « niveau d’évolution » de certains autres. Mon travail m’amène à côtoyer des collègues que je n’hésite pas à juger pour leur petitesse d’esprit et leurs certitudes modelés par les médias de masse, ainsi que des jeunes personnes dont nombreux se meuvent et s’expriment tel un groupe programmé. D’une part ces pensées sont très fatiguantes, et d’autre par cela mène à un manque de gratitude face aux innombrables bienfaits que l’Un me prodigue.

    Voilà qu’un jour, une situation très embarrassante pour moi (et en-dehors de ma volonté) fait que j’en viens à être une source de nuisance. Une personne rouspette et se plaint sans savoir que c’est moi, et sans que je sache qui est cette personne, mais je deviens convaincue que c’est une jeune collègue qui semble me faire la tête. Son visage est fermé et semble exprimer le dégoût face à moi. J’essaie de l’éviter, je ne souris pas, mais je ne cesse de la croiser. Jusqu’au jour où lors d’une réunion de travail, elle se lève lors d’une pause et fait le tour de la table de réunion pour venir se placer juste à côté de moi. Ne sachant ce qui suivra, persuadée qu’elle me « déteste » en raison de ma « faute » que je ne peux nommer ici, son visage s’ouvre, elle sourit et elle me dit: merci! Je tombe des nues. Elle me dit merci pour une observation que j’ai faite. Elle me dit que sans cela personne ne l’aurait cru, elle. (J’avais rejoins la réunion après son début et la direction m’avait demandé ce que j’avais à rajouter encore au sujet traité). Je suis surprise qu’elle ait eu la même expérience que moi, et qu’elle ait eu un souci de paraître manquer de sérieux, chose que je ressens en général face aux collègues que je ressens souvent comme critiques et tenant des points de vus arrêtés qui leurs donnent un sentiment de pouvoir…Un lien s’établit alors et je vois qu’il y a là quelque chose que je dois comprendre. Je finis même par lui proposer de la ramener en voiture pour rentrer et découvre par son comportement qu’elle estime mon opinion tout en ayant une personnalité forte et des compétences affirmée dans sa spécialité.
    Je ne sais pas exactement comment il y a eu là un phénomène de miroir. Je crois que le scénario était assez complexe avec un revers de situation digne d’une série coréenne. Mais je reste persuadée, que ma honte, ma contribution à la gène d’autrui, ont été un moyen pour me montrer que peut-être les autres que je juge, eux aussi quelque part, agissent comme ils peuvent. Cela n’excuse évidemment rien, et on doit tous chercher à s’améliorer. Je sais que je peux trouver d’autres solutions pour gérer ce qui m’est arrivé pour ne pas gêner les autres. Je sais que je dois prendre ces détails en compte. Mais sur le coup, je ne pensais qu’à gérer la situation dans laquelle j’étais. Ces collègues, ces jeunes, eux aussi gèrent leur vie comme ils le peuvent. Ils nuisent peut-être à autrui, et créent des situations incommodes, mais si je pense à moi-même, à ce que JE fais ou ne fais pas pour jouer mon rôle au mieux tout en laissant les autres tranquilles, je me rappellerai peut-être que je suis toute petite, insignifiante, que l’Un veille quand même sur moi, que des êtres plus évolués ne me méprisent pas et donc je ne devrais pas mépriser les autre qui font eux aussi de leur mieux.

Url de rétrolien | S'abonner aux commentaires de cette page

Déposer un commentaire

Les commentaires de ce site sont modérés et ne seront donc visibles aux autres lecteurs qu'une fois validés
Rappel des mentions légales

e-ostadelahi.fr | © 2026 - Tous droits réservés | Mentions légales | Plan de site | Contact