La lutte contre le soi impérieux (4) : détecter le soi impérieux – le miroir des autres

La lutte contre le soi impérieux 4 : le miroir des autres

Cet article s’inscrit dans notre série consacrée à « La lutte contre le soi impérieux » :
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Dans le travail d’introspection qui doit nous conduire à détecter en nous les manifestations du soi impérieux, les autres peuvent nous être d’un grand secours en nous servant en quelque sorte de miroir.

La première chose à faire pour engager la lutte, c’est peut-être de s’ouvrir aux critiques qui nous sont adressées, par exemple par notre conjoint ou d’autres personnes qui nous connaissent bien. Il est souvent bien plus facile de percevoir les défauts des autres. Partant de ce constat, il est probable que les autres perçoivent chez nous des défauts auxquels nous sommes nous-même aveugle. Il nous faudrait donc en théorie être heureux de recevoir des critiques qui sont autant d’occasions de nous ouvrir les yeux sur nous-mêmes. Cela ne veut pas dire accepter béatement toutes les critiques (elles ne sont pas nécessairement justifiées) mais au moins ne pas les rejeter d’emblée, accepter de les écouter et de les analyser avec l’idée qu’elles peuvent nous en apprendre beaucoup. D’ailleurs, la façon dont nous recevons intérieurement les critiques est en elle-même révélatrice de notre niveau de sincérité et d’humilité.

Plus subtilement, quand quelqu’un adopte envers nous un comportement particulier, il peut être extrêmement fécond d’examiner s’il ne s’agit pas là d’une réaction à notre propre comportement. Par exemple, en s’interrogeant sur la froideur inhabituelle d’un proche, on se souviendra peut-être qu’on s’est moqué de lui en public, ou qu’on a eu envers lui une remarque déplacée ou blessante. Cette attention aux autres ne signifie pas, encore une fois, qu’autrui ait toujours raison (autrui est peut-être susceptible). Elle suppose simplement que l’on soit ouvert aux messages qu’il nous envoie, consciemment ou non, en acceptant qu’il peut y avoir là une source d’enseignements sur soi. D’autres exemples seraient : le fait qu’on n’ose pas me raconter certaines choses (je ne suis peut-être pas assez ouvert, ou trop colérique, ou encore : j’ai tendance à juger les gens et ils le sentent), le fait qu’on hésite à me confier certaines missions (je ne suis peut-être pas assez fiable ou pas assez sérieux), le fait qu’on ne me demande service qu’en dernier recours (je ne suis peut-être pas assez généreux, quand je rends un service, je le fais peut-être trop sentir à la personne), le fait qu’au bout d’un moment, tous se taisent quand je parle (je me mets peut-être trop en avant, ou encore : je parle de façon tellement péremptoire que les autres ne se donnent même pas la peine de discuter avec moi quand ils ne sont pas d’accord), etc.

Le comportement d’autrui peut aussi en lui-même nous servir de miroir. Quand on relève un défaut chez quelqu’un, il peut être utile de s’examiner comme de l’extérieur pour voir si l’on ne trouve pas chez soi un comportement équivalent. Si par exemple je m’énerve contre quelqu’un qui ne répond jamais aux messages téléphoniques, je peux me demander s’il ne m’arrive pas de le faire moi aussi et me mettre ainsi à la place des gens que j’ai peut-être énervés en négligeant de les rappeler. Cette méthode peut nous mettre sur la piste des manifestations de notre soi impérieux (ici la négligence) et nous permettre de corriger notre comportement (dorénavant, je tâcherai de rappeler ponctuellement les gens). Au pire, même si on ne se découvre pas les mêmes défauts que la personne, on n’aura rien perdu car en concentrant son attention sur soi-même, on aura au moins évité de juger autrui.

Autre exemple :

Depuis que j’ai des enfants, il m’est arrivé de sentir le jugement, en général peu bienveillant, des autres sur la façon dont je les éduquais. En voyant le jugement des autres sur moi, j’ai pris conscience de la façon dont, moi aussi, je jugeais constamment les autres sur ce point, en général de façon négative et parfois sans même vraiment connaître les gens et leur contexte familial. Cette prise de conscience m’a permis de changer mon attitude sur deux points :

– j’ai plus d’indulgence avec ceux qui me jugent (je les comprends, puisque je fais pareil avec les autres) et du coup je suis moins sensible à leur jugement ;

– ayant moi-même subi le jugement, je tâche de ne pas le faire subir aux parents que je côtoie et de développer au contraire sur leur façon de faire une vision plus humble et plus bienveillante. Par exemple, quand j’ai l’impression qu’ils font une erreur je me dis que c’est peut-être moi qui me trompe dans mon jugement, puisque je n’ai pas tout le contexte en main. De façon générale, j’essaie de ne pas tirer de leurs erreurs un sentiment de supériorité : qui sait ce que j’aurais fait à leur place ?

On voit ici comment l’observation des autres a pu conduire ce parent à découvrir très concrètement en lui des tendances fondamentales du soi impérieux qui pourront constituer une excellente base de lutte et de travail sur soi : l’orgueil et le sentiment de supériorité, la susceptibilité, le manque de bienveillance et de tolérance.


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1 commentaire

  1. A. le 24 Fév 2026 à 11:25 1

    Merci de cet article!!

    « Plus subtilement, quand quelqu’un adopte envers nous un comportement particulier, il peut être extrêmement fécond d’examiner s’il ne s’agit pas là d’une réaction à notre propre comportement. »
    En refléchissant à cette phrase je pense à la relation avec ma femme que j’avais souvent jugé comme colérique.

    Au fil des année j’ai compris que ses manifestations de colère étaient très fréquemment des réactions d’exaspération dues à mes défauts comme par exemple le fait d’être souvent angoissé par la crainte de perdre mon travail, pessimiste à propos de la vie, et critique vis à vis du comportement des enfants. Imaginez-vous de commencer vos journées avec quelqu’un qui voit toujours le verre à moitié vide, est craintif par rapport à son avenir financier et donc a tendance à ne pas êttre très généreux, toujours en train de critique et voir en mal le comportement des ses enfants etc. Pas facile!!

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